Dialogue introductif

« Imagine, ce serait un texte.
– Oui.
– Juste un petit texte, quelques lignes. Ça parlerait… d’un peu tout. Ça jaillirait de nul part.
– Oui.
– Je pourrai en écrire un, puis deux, puis d’autres. Et pour chacun de ces textes, tu pourrais associer une photo. Pour chercher les liens. Créer des résonances.
– Oui ! J’aime bien. Mais quand tous les couples de textes et de photos seront formés…
– Oui ?
– Ce sera à moi de te proposer des images. Et à toi d’écrire sur elles.
– Entendu. Avec plaisir. »

(Photographies par Mathilda ; textes par Aurélien)

De texte en image

Un homme en silhouette chinoise est en haut d'un mur. Un oiseau passe par là. Derrière le ciel est nimbé de nuages.

« Il y avait ces oiseaux, des petits oiseaux, tout petits, comme des moineaux, je ne sais pas. Il y en avait plein, dans les arbres. Alors le chat les regardait, il attendait sur le rebord de la fenêtre. Et il les regardait, il les regardait tous. »

« Elle a pris sa lèvre inférieure entre deux de ses doigts, comme une flamme. Elle a pris sa main dans la sienne, comme une larme. »

Un couple se tient debout, enlacé, sur une plage en noir et blanc.
Une jeune fille pensive, debout dans un bus ou un tram.

« Son drame intérieur sur son visage se peint, et la pâleur de ses idées sur sa bouche tremble. »

« Oui, au début, il avait hésité à la lire. Comme s’il n’avait pas le droit de tourner les pages, de toucher du doigt ces visions du bout du monde perdu. »

Un groupe de militants sous un ciel impur, entourent une croix à laquelle ils ne prêtent pas garde.
Deux êtres pris de dos. Sur le dos de la première, un tatouage de femme en maillot de bain deux pièces.

« Delta, dédale et délires entre ses jambes et dans le creux de ses paumes ouvertes, les yeux clos, lèvres entrouvertes. »

« C’est le bleu tout d’abord. Le bleu et le rose. De l’ocre, par touches, du noir, un peu partout. Et des parfums sont mêlées aux couleurs par un vent autoritaire. »

Marchand de glaces dans la rue, couleurs vives, homme au regard interrogatif.
Trois jeunes personnes sont étendues ou méditatives sur la rambarde d'un mur, dans une rue pavée en pente.

« Comme si je n’avais que ça à faire, vous pensez que c’est ça, c’est ça, vivre, pour vous ? Dormir, se manger les poings et attendre de mourir d’un instant à l’autre, claquer comme ça, comme de rien, d’un coup ? C’est ça vivre pour vous, alors ? Non. Très peu pour moi. »

« Le son de cet amour est comme la couleur changeante des vagues et des cieux. Parce qu’elle a des fleurs dans les yeux et lui des cyprès noueux dans le corps, ils s’aimeront, se perdront et se tueront l’un l’autre, sans un cri, sans un souffle. »

Fête, deux personnes sont enlacées et s'embrassent, on voit à peine leur visage. Autour d'eux, la liesse.
Un couple le bras sur l'épaule. Le ciel est clair, le temps est beau. Elle sourit, ses lèvres peintes de noir.

« Pour changer son monde, il met sur ses paupières des nuages. »

« Au-delà de ces vagues, il ne s’attend qu’à de mauvaises surprises. Et sur leurs dos, il met son appréhension. »

Immensité de la mer jusqu'à l'horizon. Une personne s'apprête à sauter de la falaise.
Manifestation pour les droits LGBT. Multitude de personnes diverses.

« Sur les pavés de cette rue patiente une somme de cris entremêlés comme corps dans l’amour. »

« Ruisselant dans sa gorge en flammes bleues, dévorant sa chair comme la couleur rouge, émerveillant son esprit de visages autres ; elle. »

Fête floue, teintes bleues.
Une femme à la robe rose vif, foule les pavés. Derrière elle, tout est noir.

« Tu montes d’Enfer en Paradis, tu fais le tour de la Terre, tandis que tes pensées suivent leurs diagonales. »

« Inventaire pour l’hiver : soleil ocre, galets multicolores, bleu de mer, glaces à la vanille, gin tonic, guitare électro-accoustique, rocking-chair, lèvres entrouvertes et humides. »

Une valise s'avance sur un trottoir.
Une personne se tient les bras croisées dans le dos, elle porte un haut avec des éléphants. A l'arrière-plan, une manifestation.

« Les murs ont une odeur de sel, tu sais, les gens ont une odeur de peur, tu sais, le ciel a une odeur d’indifférence, tu sais, ta voix a une odeur douce, tu sais ? »

« Des pluies sur ses reins, il ne reste que la chaleur des gouttes et sur le teint hâlé de la peau, un blanc translucide qui ressemble à du doute. »

Dans une rue animée, une femme regarde son téléphone. Son haut est blanc, son jean bleu.
Fête, une dame qui danse les yeux clos, un couple d'hommes qui danse serré l'un contre l'autre.

« Deux accords, majeur et mineur, sur la main qui s’ouvre et le regard qui se referme. »

« A sa peau manuscrite elle ajoute la couverture de son visage. Numérotant ses défaites elle tourne la page. Dédicace sans cesse reprise elle craint toujours la fin de son épilogue »

Bras croisés sur un livre et un sac, personne assise, fond noir.
Manifestation. Au premier plan, une personne tenant une ombrelle étincelante dans le soleil, sous le ciel bleu.

« Je recommencerai ce que je n’ai pas vécu, ce qui m’a manqué. Je tracerai sur ces années mortes une danse folle et du silence je ferai une foule. »

« Dissipant les questions innombrables, un passant chasse la sueur sur son front d’une main délicate ; lui. »

Un homme s'avance, air patibulaire, lunettes aux verres fumés, crâne chauve.
Une femme s'avance, mais l'environnement est troublé par une pyramide de macarons.

« Gourmandise. Nom féminin. Attrait pour ce qui nous est encore inconnu et que notre curiosité rend plus désirable encore. »

« A suivre les spirales qui toujours t’entraînent tu voudrais parfois réclamer une aide – et ta propre voix répond à ton appel. »

Devant un corps de CRS, une femme se tient, levant avec fierté un drapeau du Canada. Elle porte un chapeau comme celui de la Statue de la Liberté et son attitude est identique.
Deux personnes de dos. Un sac fermé en faux-cuir. Une jupe bleue avec des roses rouge immenses.

« La pile d’assiette est posée contre les pots de fleurs ébréchés. La poussière et la pluie ont dessiné des chiffres étranges sur la porcelaine. Les fleurs de l’assiette sont rouges, les fleurs des pots sont noires. »

« Sa joie est tremblante, vécue du bout des doigts. Les yeux dans les yeux, le désir est suspendu au bout d’une corde – de guitare. »

Un chanteur de rue, dans un flou artistique. Il joue de la guitare. Les gens passent, gravitent autour de lui.

D’image en texte

Une passante aux cheveux blonds et longs, un tailleur couleur lavande sous un ciel bleu aux nuages blancs.

« On trouve deux catégories de rêveurs : ceux qui ont la tête dans la Lune et ceux qui l’ont dans les nuages. Les premiers contemplent, immobiles ; les seconds voyagent, en perpétuel mouvement. »

« D’ombre en ombre, comme la mer, elle s’approche du chiffre nu comme les doigts de ses mains. »

Une femme en noir marchant vers une porte obscure marquée du chiffre 5. La rue est marquée par une large marque d'ombre.
Une jeune femme s'avance vers un arrêt de tram. Sur sa droite, une publicité montrant une autre jeune femme, portant un maillot de bain rouge

« Croisant l’irréel aux fruits si doux, tu passes ton tour. Beau miroir, déformé ; beaux visages, dénudés. »

« Au royaume des inégalités, les ogres sont rois. »

Une femme regarde en contre-plongée un homme bien plus grand lui tournant le dos.
Une personne portant deux sacs face à la mer, dont l'un d'eux montre plusieurs poissons de couleurs vives.

« Pour un déjeuner de couleurs, prendre une demi-douzaine de petits poissons. Faire revenir le rouge et le bleu. Tremper dans l’eau de mer et non dans l’huile de bateau. Saupoudrer d’un soupçon de lumière d’été. »

« En guise d’histoire, tu n’as que des ombres. Couvrant tes peurs et accordant tes attitudes, par vagues le remords flux et reflux, vient et revient. »

Un homme portant un chapeau, sous un ciel tourmenté. Il n'est qu'ombres.
Une jeune femme attend qu'on lui ouvre la porte, debout, l'épaule contre un mur.

« Trois petits points d’attente, trois points à la serrure, trois réflexions silencieuses – à trois minutes du bonheur. »

« Dormant debout, elle compte pourtant ses années de 10 à 1, ne cessant jamais de jouer, jouant comme elle rêve. »

Une petite fille les mains dans le dos, bouche ouverte dans une attente mystérieuse.
Une femme s'avance dans une atmosphère noire et blanche, air décidé, lèvres closes.

« J’avance au cœur de l’obscurité avec ma fierté pour remède et mon passé pour peine. »

« Élytres frémissantes sous la nacre du ciel, la reine s’avance au sein d’une ruche qui l’émerveille. »

Une femme se tient debout sous un ciel bleu marqué de nuages blancs. Elle a le tatouage d'une abeille sur la poitrine.
Un chien basset patiente, l'oeil interrogateur, allongé sur le bitume. La jambe de sa maîtresse et sa laisse le garde près d'elle.

« Faites que personne ne me délaisse, je ne cabotinerai pas je vous le promets. Fidèle, je resterai à vos pieds pour garder votre sac quand vous irez aux puces. »

« J’ai ouvert mon cœur à ceux qui ne me ressemblaient pas. Depuis, ils me croient folle, car je ne cesse d’entendre leurs voix. »

Une femme portant un haut représentant Frieda Kahlo assiste à une manifestation.
Un homme de dos n'est qu'ombres, sous le crépuscule, tenant un vélo contre lui.

« En guise d’histoire tu n’as pas que des ombres. Au soleil véritable, tu ajoutes ce rose et ce roux, comme au passé l’avenir. »

« Petite histoire. Les habits de l’empereur étaient si riches de couleurs que ses sujets comprirent, à regrets, combien leurs visages étaient obscurs. »

Un homme de dos dans une rue porte une veste multicolore.
Une femme de dos en talons s'avance dans une rue colorée par l'aube.

« Fragment d’un matin, lumière tombant sur les chevilles. Détournée de son chemin par une pensée fragile, ses mains sont indiscernables – son bonheur à l’encre indélébile. »

« Dénudé de toutes les déceptions, il s’avance dans son propre sourire. »

Un homme aux cheveux en bataille s'avance dans la rue, en noir et blanc. Il sourit.
Une femme s'avance, jambes nues, talons hauts, dans une rue pavée.

« Dans les sillons, ses talons écrivent des notes sèches. »

« Vous avez de la chance. Tous les parfums sont disponibles, aujourd’hui : douceur, espérance, amertume, candeur, indécision, ravissement, tristesse et lascivité. »

Scène de plage. Sable, parasol s'étirant dans l'air, marchand de glaces, inconnus allongés sur leurs serviettes.
Une jeune femme s'avance dans une rue en pente. Derrière elle, un groupe de garçon semble la suivre.

« Si je te parle et te vois ainsi, c’est parce qu’on ne m’a pas appris.

– Et moi, si je me révolte, c’est parce qu’on m’a toujours menti. »

« Méditant vaporeux, philosophe de Rembrandt, fait s’incliner le soleil pour lui. »

Un homme à une table boit un café et fume - on voit la fumée s'élever devant ses lèvres.
Un homme se tient devant une camionnette sur la porte de laquelle est peinte un éléphant rieur.

« Derrière le visage l’autre visage, plus rieur, plus savant, plus tendre. »

« Rouge. Couleur de la parole criarde, de la pitrerie. Couleur de la tendresse, de la compassion. Couleur de l’égarement, aussi. »

Un homme portant un pantalon rouge est étendu de tout son long sur la margelle d'une fontaine, un jour ensoleillé.
Etrange. Un sac plastique bleu contenant une matière blanche. Une sorte de parapluie ou de tente déployée, marquée par un ananas stylisé.

« Rouge. Couleur de la parole criarde, de la pitrerie. Couleur de la tendresse, de la compassion. Couleur de l’égarement, aussi. »

« Des stridulations de sentiments se peignent en clair et obscur, sur un visage qui s’immobilise dans un silence dur. »

Une femme regarde l'objectif, inquiétante, figée dans sa réflexion tandis qu'elle tape des mots inconnus sur son téléphone.