Dialogue introductif
« Imagine, ce serait un texte.
– Oui.
– Juste un petit texte, quelques lignes. Ça parlerait… d’un peu tout. Ça jaillirait de nul part.
– Oui.
– Je pourrai en écrire un, puis deux, puis d’autres. Et pour chacun de ces textes, tu pourrais associer une photo. Pour chercher les liens. Créer des résonances.
– Oui ! J’aime bien. Mais quand tous les couples de textes et de photos seront formés…
– Oui ?
– Ce sera à moi de te proposer des images. Et à toi d’écrire sur elles.
– Entendu. Avec plaisir. »
(Photographies par Mathilda ; textes par Aurélien)
De texte en image

« Il y avait ces oiseaux, des petits oiseaux, tout petits, comme des moineaux, je ne sais pas. Il y en avait plein, dans les arbres. Alors le chat les regardait, il attendait sur le rebord de la fenêtre. Et il les regardait, il les regardait tous. »
« Elle a pris sa lèvre inférieure entre deux de ses doigts, comme une flamme. Elle a pris sa main dans la sienne, comme une larme. »


« Son drame intérieur sur son visage se peint, et la pâleur de ses idées sur sa bouche tremble. »
« Oui, au début, il avait hésité à la lire. Comme s’il n’avait pas le droit de tourner les pages, de toucher du doigt ces visions du bout du monde perdu. »


« Delta, dédale et délires entre ses jambes et dans le creux de ses paumes ouvertes, les yeux clos, lèvres entrouvertes. »
« C’est le bleu tout d’abord. Le bleu et le rose. De l’ocre, par touches, du noir, un peu partout. Et des parfums sont mêlées aux couleurs par un vent autoritaire. »


« Comme si je n’avais que ça à faire, vous pensez que c’est ça, c’est ça, vivre, pour vous ? Dormir, se manger les poings et attendre de mourir d’un instant à l’autre, claquer comme ça, comme de rien, d’un coup ? C’est ça vivre pour vous, alors ? Non. Très peu pour moi. »
« Le son de cet amour est comme la couleur changeante des vagues et des cieux. Parce qu’elle a des fleurs dans les yeux et lui des cyprès noueux dans le corps, ils s’aimeront, se perdront et se tueront l’un l’autre, sans un cri, sans un souffle. »


« Pour changer son monde, il met sur ses paupières des nuages. »
« Au-delà de ces vagues, il ne s’attend qu’à de mauvaises surprises. Et sur leurs dos, il met son appréhension. »


« Sur les pavés de cette rue patiente une somme de cris entremêlés comme corps dans l’amour. »
« Ruisselant dans sa gorge en flammes bleues, dévorant sa chair comme la couleur rouge, émerveillant son esprit de visages autres ; elle. »


« Tu montes d’Enfer en Paradis, tu fais le tour de la Terre, tandis que tes pensées suivent leurs diagonales. »
« Inventaire pour l’hiver : soleil ocre, galets multicolores, bleu de mer, glaces à la vanille, gin tonic, guitare électro-accoustique, rocking-chair, lèvres entrouvertes et humides. »


« Les murs ont une odeur de sel, tu sais, les gens ont une odeur de peur, tu sais, le ciel a une odeur d’indifférence, tu sais, ta voix a une odeur douce, tu sais ? »
« Des pluies sur ses reins, il ne reste que la chaleur des gouttes et sur le teint hâlé de la peau, un blanc translucide qui ressemble à du doute. »


« Deux accords, majeur et mineur, sur la main qui s’ouvre et le regard qui se referme. »
« A sa peau manuscrite elle ajoute la couverture de son visage. Numérotant ses défaites elle tourne la page. Dédicace sans cesse reprise elle craint toujours la fin de son épilogue »


« Je recommencerai ce que je n’ai pas vécu, ce qui m’a manqué. Je tracerai sur ces années mortes une danse folle et du silence je ferai une foule. »
« Dissipant les questions innombrables, un passant chasse la sueur sur son front d’une main délicate ; lui. »


« Gourmandise. Nom féminin. Attrait pour ce qui nous est encore inconnu et que notre curiosité rend plus désirable encore. »
« A suivre les spirales qui toujours t’entraînent tu voudrais parfois réclamer une aide – et ta propre voix répond à ton appel. »


« La pile d’assiette est posée contre les pots de fleurs ébréchés. La poussière et la pluie ont dessiné des chiffres étranges sur la porcelaine. Les fleurs de l’assiette sont rouges, les fleurs des pots sont noires. »
« Sa joie est tremblante, vécue du bout des doigts. Les yeux dans les yeux, le désir est suspendu au bout d’une corde – de guitare. »

D’image en texte

« On trouve deux catégories de rêveurs : ceux qui ont la tête dans la Lune et ceux qui l’ont dans les nuages. Les premiers contemplent, immobiles ; les seconds voyagent, en perpétuel mouvement. »
« D’ombre en ombre, comme la mer, elle s’approche du chiffre nu comme les doigts de ses mains. »


« Croisant l’irréel aux fruits si doux, tu passes ton tour. Beau miroir, déformé ; beaux visages, dénudés. »
« Au royaume des inégalités, les ogres sont rois. »


« Pour un déjeuner de couleurs, prendre une demi-douzaine de petits poissons. Faire revenir le rouge et le bleu. Tremper dans l’eau de mer et non dans l’huile de bateau. Saupoudrer d’un soupçon de lumière d’été. »
« En guise d’histoire, tu n’as que des ombres. Couvrant tes peurs et accordant tes attitudes, par vagues le remords flux et reflux, vient et revient. »


« Trois petits points d’attente, trois points à la serrure, trois réflexions silencieuses – à trois minutes du bonheur. »
« Dormant debout, elle compte pourtant ses années de 10 à 1, ne cessant jamais de jouer, jouant comme elle rêve. »


« J’avance au cœur de l’obscurité avec ma fierté pour remède et mon passé pour peine. »
« Élytres frémissantes sous la nacre du ciel, la reine s’avance au sein d’une ruche qui l’émerveille. »


« Faites que personne ne me délaisse, je ne cabotinerai pas je vous le promets. Fidèle, je resterai à vos pieds pour garder votre sac quand vous irez aux puces. »
« J’ai ouvert mon cœur à ceux qui ne me ressemblaient pas. Depuis, ils me croient folle, car je ne cesse d’entendre leurs voix. »


« En guise d’histoire tu n’as pas que des ombres. Au soleil véritable, tu ajoutes ce rose et ce roux, comme au passé l’avenir. »
« Petite histoire. Les habits de l’empereur étaient si riches de couleurs que ses sujets comprirent, à regrets, combien leurs visages étaient obscurs. »


« Fragment d’un matin, lumière tombant sur les chevilles. Détournée de son chemin par une pensée fragile, ses mains sont indiscernables – son bonheur à l’encre indélébile. »
« Dénudé de toutes les déceptions, il s’avance dans son propre sourire. »


« Dans les sillons, ses talons écrivent des notes sèches. »
« Vous avez de la chance. Tous les parfums sont disponibles, aujourd’hui : douceur, espérance, amertume, candeur, indécision, ravissement, tristesse et lascivité. »


« Si je te parle et te vois ainsi, c’est parce qu’on ne m’a pas appris.
– Et moi, si je me révolte, c’est parce qu’on m’a toujours menti. »
« Méditant vaporeux, philosophe de Rembrandt, fait s’incliner le soleil pour lui. »


« Derrière le visage l’autre visage, plus rieur, plus savant, plus tendre. »
« Rouge. Couleur de la parole criarde, de la pitrerie. Couleur de la tendresse, de la compassion. Couleur de l’égarement, aussi. »


« Rouge. Couleur de la parole criarde, de la pitrerie. Couleur de la tendresse, de la compassion. Couleur de l’égarement, aussi. »
« Des stridulations de sentiments se peignent en clair et obscur, sur un visage qui s’immobilise dans un silence dur. »

