Tout frémit, tout se rassemble en vagues orange et vanillées. Tout tremble comme la pudeur qu’un rite magique révère – comme un nouvel amour.

Les secrets ne supportent plus d’être emprisonnés dans le silence – alors le vent d’automne éparpille tous les mots que tu n’as pas osé lui dire.

Aurélien

Les cheveux décoiffés, les manteaux froissés, les yeux irrités ou frottés, les lèvres gercées, les joues rouges, les écharpes qui volent, les feuilles qui s’étalent, les parasols qui tanguent dangereusement, les barrières à terre, les démarches se faisant bancales, les ombres qui dansent, les chapeaux volants ou vissés au crâne, les transports détournés, les mains en l’air, les jupes qui lévitent, la goutte au nez, les décorations de Noël sauvages, les enfants qui donnent des coups de pied dans les tas de feuilles, les fumées de cigarettes éparses, parfois dans les yeux, et les cheveux dans la bouche…

Mathilda

Il y a des matins où le café est meilleur que d’autres, où les tartines grillées hument davantage, où les rayons de soleil illuminent la table du petit-déjeuner plus joliment.

Ces jours ensoleillés où le ciel est d’un vrai bleu, le soleil crée de vraies ombres, où l’on peut s’envelopper dans ses rayons.

Ma balade sabbanale se solde par de bonnes photographies, d’excentriques et colorés personnages étant de sortie et la lumière de mon côté.

Mon café en terrasse m’apporte une rencontre étonnante avec une figure loquace, et quelques lignes, appréciées.

Les musiciens de rue caressent mes tympans, rendant la ville joyeuse et souriante.

Le monde semble tourner, ces jours-ci.

Je rentre, pour rire avec mes semblables, comme miaulent les chats.

Mathilda

Roses caresses sous les draps doux, soupirs-sourires dans les vapeurs du café, souvenirs et rêveries au fil des baisers échangés – un matin.

Bleu du ciel et dedans, le soleil libéré, et dessous, la pensée en fleurs, les mains unies au fil de l’eau luisante comme cet autre rose, le tien, entrouvert et qui respirait, qui s’apaisait – une après-midi.

Rousses déchirures du crépuscule, livres ouverts, verre pris puis reposé, et le bleu de ton collier qui fait dans l’échancrure un sourire-soupir, un œil ouvert toujours sur la beauté – un jour, beau jour, idéale journée.

Aurélien

Lorsque je me réveillerai, si je me réveillais, je pourrais m’en débarrasser.

D’habitude, mes mains se refermaient sur le réconfort, et même si je la sentais, brouille troublante dans ma poitrine et mon ventre, je n’en faisais pas une mélodie familière. Petit à petit, pourtant, elle se fit une joie de me retenir, de m’enfermer. Ce n’est rien, ça va aller, ne t’en fais pas – oui, oui, et elle, elle ayant tout son temps, restait avec moi et s’emparait un peu plus suavement de mon bonheur.

Lorsque je me réveillerai, si je me réveillais, je connaîtrai alors le véritable bonheur.

Pour m’être menti de si nombreuses fois, j’en vins à imaginer le meurtre que je savais avoir commis. Je le savais, et savais avec une égale certitude qu’ils étaient déjà lancés à ma poursuite. Ils ne vont plus tarder, je n’ai plus de temps, c’est la fin. Ce mauvais rêve toujours se colorait d’une même angoisse : avoir tué, avoir tué par mégarde ou nécessité et le sachant, être certain de me trouver bientôt arrêté, emmené au loin, à jamais.

Ce n’était qu’un rêve, c’est tout ce que c’était. Ce n’était rien, finalement, c’est vrai.

Aurélien

Je passe deux jours à Lyon, cette ville à la place ambivalente dans mon coeur. Instantanément, ma vieille paranoïa anxieuse que je pensais enterrée renaît, j’ai l’impression que les gens me regardent, me dévisagent, me jugent. Ils croisent mon regard différemment qu’ailleurs, comme s’ils me connaissaient déjà ou qu’ils n’avaient pas besoin de me connaître.

Je rentre dans un supermarché, achète du beurre, des pâtes, du miel, et le caissier semble s’interroger : « Qu’a-t-elle fait ? Que fait-elle ici ? » « Bonne soirée, au revoir, merci ! » J’ai chaud, alors que je pensais avoir froid, mon téléphone vibre, ai-je fait quelque chose de mal ? Oui, quoi ?

Finalement, je me décide à une balade, j’avais oublié comme l’opéra est lumineux, comme il se reflète sur les sols pavés les jours de pluie. Tiens, ces parapluies sont élégants, tiens celui-là est marrant.

J’ai une amie qui s’appelle Culpabilité. Elle ne me fera pas oublier la douceur, les rondeurs de cette ville.

Mathilda

Depuis ce matin, on s’interroge sur la provenance du chant d’un oiseau… Ma colocataire pense qu’il s’agit juste d’un oiseau dans l’arbre voisin, quant à moi, je pense que c’est quelque chose qui couine… « Un oiseau dans le micro-onde ? » non. Plus tard, elle m’appelle et me dit « Je crois que j’ai trouvé ! C’est la table ! J’ai l’impression que les mouvements font un couinement ! Il y a un oiseau dans la table ! »  L’oiseau métaphorique n’est que le résidu de mes piètres talents de bricoleuse…

Mathilda

Un cœur à trente ans est semblable à ces armoires épaisses au bois usé ; usé par l’usage, les festins et surtout les dé-rangements précipités.
À trente ans, un cœur ne peut réclamer qu’un peu de répit. Aussi suit-il un désir, son pari osé – la rencontre d’un esprit sémillant aux nombreuses idées.
Et soudain à la faveur d’une saison nouvelle il couine et craque encore ce cœur, sans l’avoir décidé ; pour peu qu’une main nouvelle aux doigts sertis de bagues à ses portes ait toquée, pour peu qu’elle ait souhaité voir cette armoire pour elle entrouverte.
Pour que rentre à l’intérieur, et à nouveau, la lumière.

Aurélien