Lettre au passé

1–2 minutes

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Nous avons eu seize ans, seize ans auparavant. Aujourd’hui, nos nuits sont plus longues, parce que plus obscures, plus profondes ; ce n’est plus la même solitude.

Tant de choses d’ailleurs ont changé. Seule la route sous le soleil, entre les platanes et les vignes rouges à la fin de l’été, seulement cela et le bleu du ciel sont restés.

Nous avons eu seize ans, seize ans auparavant. Je t’écris comme on parle dans le vide, comme on se parle à soi-même. Tu n’imagines pas tout ce que ma mémoire a gardé pour elle, tous ces secrets, toutes ces merveilles ordinaires.

Tant de rêves nourris dans la lumière douce de la lampe, dans l’éclat du rire avec les amis du lycée, dans la musique qu’avec d’autres on faisait. Ces rêves d’antan sont presque tous morts, mais ce « presque » suffira pour nous maintenir vivants.

Nous avons eu seize ans, seize ans auparavant. J’écris pour peupler la nuit, mais mon passé est sans adresse. J’ai dans la tête un numéro de téléphone qui ne sert plus à rien : ma mère m’avait demandé de l’apprendre par cœur, si d’aventure, un jour, je me perdais…

Et tant de villes, tant de vallées me séparent des coteaux, d’un certain ciel, d’une succession de couleurs bien précises. Si j’y retournais, là-bas, peu après midi je verrai peut-être passer sur les murs les ombres de Layla et Mélodie.

Nous avons eu seize ans, seize ans auparavant, je le sais. Pourquoi perdre plus de temps encore en écrivant au passé ? Tant de choses ont changé. Mais ces ruines qui constituent mon passé, avec le temps et par cette lettre deviendront peut-être nuit étoilée.

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