Missogynie

3–4 minutes

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On n’aime guère être déçu par des mots ou des choix maladroits prononcés par quelqu’un que l’on affectionne.

Le Midi Libre, quotidien vedette de la région Occitanie, n’est plus à présenter. Cette rédaction, ce travail à rayonnement régional se faisant écho du singulier comme du général, est d’une valeur certaine.

Je dois bien le confier, je ne suis pas un lecteur assidu du Midi Libre. Néanmoins, je garde un souvenir très net de la prise de position ferme et révoltée, affirmée avec vigueur par ce quotidien lors des élections présidentielles de 2017, alors que la montée de l’extrême-droite n’était plus une chimère mais une réalité. Jamais peut-être son titre de Midi Libre n’avait pris plus de sens, dans cette semonce affirmée envers Marine Le Pen et ses convictions xénophobes.

Par la suite, je me suis éloigné de ce quotidien. J’y jetais un coup d’œil « en passant » pour ainsi dire.

Ma surprise fut de taille en parcourant l’édition du Gard de ce jour. Une page entière est accordée à l’élection de Miss Languedoc 2022, ce vendredi soir, à Beaucaire. Une page entière recouverte des portraits des candidates, sous le titre Quatorze reines pour une couronne.

En soi, ici, rien ou presque qui soit blâmable. Mais je ressentis malgré tout un pincement au cœur en poursuivant la lecture de cette page.

Sous chacune des photos de ces aspirantes au titre se trouve une légende. Elle tient du procès-verbal… ou du pedigree. Nom, prénom, âge, taille, domicile, études, et enfin une touchante rubrique intitulée « Son ambition ».

Que le concours de beauté des Miss (régionales comme nationales) ait encore de l’importance en 2022, avec son règlement intolérant et sa vision surannée des femmes, est une honte. Qu’un quotidien comme le Midi Libre donne une telle couverture à cet événement (certes local, en l’espèce), voilà qui renforce la honte.

Les buts de cet article m’échappent. Son intérêt aussi. J’entends que le Midi Libre ne souhaite pas engager une réflexion sur la beauté digne de celle de Plotin. Mais j’entends moins que cette utilisation des femmes à des fins mercantiles soit ainsi banalisée, mise en valeur, presque honorée.

Je l’apprends peut-être à des lectrices ou lecteurs : le prétendu charme mis en avant par ce concours de beauté est une vision à la fois abjecte et fausse de la beauté et des femmes. Non contents de nier l’incroyable diversité de la beauté, les meneurs de ce concours la trouve amère et l’injurie.

Qui me lit peut se demander à qui j’en veux. Au système qui contraint les journalistes à faire feu de tout événement un tantinet affriolant, au même système qui considère les femmes comme des objets ou des animaux de compagnie (et moins que cela souvent), aux choix journalistiques qui font qu’un sujet est couvert avec une telle ampleur, aux lectrices et lecteurs qui prendront un plaisir coupable et bien piètre à la vue de ces quatorze visages ?

Mais tout de même… pourquoi cette colère ? Est-ce qu’on ne peut pas laisser le bon peuple françois se divertir ? Est-ce que nous n’avons pas droit à un peu de légèreté et de détente ? Est-ce que les Miss ne sont pas un divertissement comme un autre ?

Hélas non. Il existe des amusements rétrogrades comme il existe des propos sexistes. Il existe des inégalités que l’on entretient et d’autres que l’on ignore. Il existe des femmes qui sont harcelées, attouchées, insultées, bafouées, violentées, tuées – parce qu’elles sont considérées comme des objets par leurs bourreaux.

Parce que ce sujet est grave, il m’empêche d’y trouver le moindre motif d’amusement.

On est d’abord ce que l’on contemple. D’avoir été gavées à grands renforts de publicités, d’images et de films où la beauté est une certaine minceur, une certaine taille (de poitrine et de fesses, il va sans dire), une certaine soumission imposée par des figures masculines et viriles, les petites filles grandissent de complexe en complexe dans une société inégalitaire et misogyne. Quant aux petits garçons face aux pseudo-romantiques bodybuildés, leurs difficultés sont différentes et pourtant analogues.

Que reste-t-il à dire ? Guère plus, si ce n’est ce trait, une nouvelle fois appuyé. Je le déplore autant que je le critique : ce vendredi, le Midi Libre dans son édition gardoise a peu fait pour le féminisme.

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