« Il faut vivre avec son temps » me dit-on. Vous me parlez d’un grand remplacement, sans avoir peur d’un autre. Qui êtes-vous, vous qui me taxez de réactionnaire ? Vous qui osez vous ravir d’avoir trouvé une machine capable d’artificiellement penser à votre place ? Vous qui n’avez pas peur que l’émotion transmise par l’art soit remplacée par quelque chose de robotiquement contrefait ? Vous, à l’affût de la moindre nouvelle technologie ? Vous qui souhaitez gagner du temps, encore et toujours, optimiser la moindre minute de votre vie professionnelle et personnelle ? Vous qui avez oublié le plaisir de flâner, l’inspiration dans les temps d’attente, l’observation inutile du tout et du rien ?
Si votre passion était telle que vous vous retrouviez agressés personnellement par de vulgaires automates pour un simple désir de vélocité, peut-être souhaiteriez-vous faire à nouveau l’éloge de la paresse, de l’oisiveté, des petits moments entre deux tâches où loin de faire quelque chose d’utile, vous flânez, pensez, retrouvez votre souffle en pensant à ce qui vous importe, vraiment.
Si je parle de vélocité, c’est parce que je choisis mes mots, je ne les laisse pas au hasard d’un engin. Vos mouvements sont peut-être rapides, mais, votre pensée, quant à elle, s’en voit réduite à peau de chagrin, si votre souhait est de laisser à une machine le soin d’écrire et de réfléchir à votre place. Pour tout cela, et bien plus, il me paraît naturel d’être à fleur de peau.
« Il faut arrêter de lutter et accepter le changement. »
Ma réponse, sans équivoque, est non.
Non car ce n’est pas un fait.
Non car ce n’est pas une vérité.
Ce n’est au mieux qu’une injonction à vivre avec mon temps, temps que je méprise par intermittence, temps auquel j’ai droit de dire non.
Non.


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