En face de moi, une personne d’une trentaine d’années mange un sandwich. Il s’agit d’un poulet-crudités, dégusté avec avidité par cette femme qui porte un pull léopard col roulé, un jean, des Stan Smith blanches à petite touche verte à l’arrière et des lunettes octogonales. Ses cheveux, qu’elle porte à hauteur d’épaules, châtains clairs à la racine, sont décolorés en un blond paille déshydraté. Elle est ronde, mais pas grosse, ni belle ni moche.
Pour voyage elle est armée d’un gros sac à dos de voyage et d’une banane dont le tissu rappelle étrangement ces bandanas noirs portés par les bikers des années 70.
Sa banane-bandanas laisse entrevoir un seul accessoire qui attise ma curiosité. (Combien d’entre nous nous sommes-nous reconnus dans au moins un point de sa description physique ? Moi-même je porte des baskets à la mode Puma et certaines de mes mèches sont déshydratées par la décoloration)
À travers l’ouverture de son sac, j’observe un oasis de singularité dans un désert de banalité, un masque de carnaval noir, plumé sur les côtés.
Un océan de questions, un champ de possibilités s’ouvre soudain à moi. Bal masqué d’époque ? Soirée costumée ? Soirée coquine ?
En partant, elle me laisse voir un grand sourire plein de dents dans lequel ses crudités sont restées coincées.


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