Hier soir en France, la révolte a grondé, brûlé, cassé, donné des arguments à tous les camps. Aujourd’hui, comme tous les samedis, je sors me balader. Tout le monde ne parle que de ça, je surprends « il faut donner un coup dans le système », « ce sont des animaux ».
Alors que mes pas me mènent vers une grande exposition, j’en découvre le thème, les photographies oubliées d’Antoni Campaña sur la guerre d’Espagne. Une étrange sensation d’effroi, de peur mêlée d’impuissance m’envahit. Je me souviens avoir cautionnée la violence de la part de certains, après tant d’années de colère non écoutée. Je me sais avoir tendu de certain côté de l’échiquier politique. Mais je suis devant ces images et je ne sais plus rien. Je ne sais plus que penser. Devrais-je rester droite dans mes idées, apprendre à embrasser le chaos, m’engaillardir de paranoïa ? Accepter ce qui vient avec l’anarchie ? Ou condamner la violence quelle qu’elle soit et par cela diminuer ou ne pas entendre la colère ?
Y a-t-il un milieu ?
Je fais face à des écritures blanches sur un mur rouge De la guerre d’Espagne à la 2ᵉ guerre mondiale j’en tremble, comment vouloir la guerre ?
En sortant, je ne sais toujours que penser et me fais à l’idée que je ne suis personne pour avoir un avis. Je franchis le seuil de la porte et suis accueillie par un soleil rayonnant et une délicieuse lumière d’après mauvais temps. Il me faudrait ne pas penser mais au moins je peux photographier.
Au loin, j’entends un chant accompagné d’une guitare aux consonances espagnoles, je m’approche et la mélodie me recouvre de sa joie. C’est certainement cet homme, chilien qui a amené le soleil. Je le remercie « gracias de traer alegría en esos días grises ». Il sourit, me dit que c’est le moins qu’il puisse faire et me raconte un bout de sa vie, il voyage et joue dans la rue. Un coup d’œil au butin dans la housse de sa guitare et je me demande comment vit-il.
La violence est à la mode qu’elle soit justifiée ou non, condamnable ou moins mais la douceur est de mise et, pour l’instant, reste plus forte, pour moi. Même si ce soir la terrasse du café d’où j’écris prends feu, j’aurais été envahi d’une mélodie solaire, aujourd’hui, j’aurais essayé de capturer la couleur.
À quoi bon penser et avoir peur ?
« Cambia lo superficial
Cambia también lo profundo
Cambia el modo de pensar
Cambia todo en este mundo »
(Todo cambia, chanson interprétée par Mercedes Sosa, écrite et composée par Julio Numhauser)





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