La quête de Gérald

Gérald brise la glace en s’y collant le nez. Je suis assise à un café et comme mise en vitrine j’observe les passants. À mon habitude, je sors mon appareil photo, tente quelques portraits candides de promeneurs.

Quand il voit mon appareil photo, il ne peut s’empêcher de s’émerveiller, j’ai l’impression d’être un magasin d’appareils photos à moi toute seule. Il me fait signe qu’il va rentrer dans le café, j’en profite pour lui tirer le portrait.

Une fois en vitrine lui aussi, il se présente : « Je suis photographe et prof d’histoire », il photographie toujours à l’argentique, a fait des expos de l’Amérique de l’Ouest dans des galeries et à la Fnac.

Puis se met en quête de trouver ses photos dans son téléphone.

Une quête qui n’en finit plus de réussir, « Oh là c’étaient les décors des films de Sergio Leone » « Ici ma prem… deuxième femme Claude, elle est morte…elle était magnifique, il m’a fallu 5 ans pour revivre », c’est vrai qu’elle est belle.

« Là un monument aux morts à Auschwitz ». Voyant mon sourire s’éteindre comme pour compatir, il rajoute « Je suis pas juif…je suis rien d’ailleurs.”

Comment n’être rien ? 

« Oh en voilà une, je m’amuse hein, là j’étais si triste, je voyais les arbres sur le bord de la crête comme des compagnons ». Sur sa photo en noir et blanc, les arbres ont l’air de flotter, recouverts d’un grain, brouillard magnifique.

Il me montre son « amie », belle aussi, il a enseigné à Londres, y a fait une expo qu’il a appelé « À Londres, les chats miaulent en anglais ». Ça m’amuse.

L’une de ses photos représente un ouvrier de dos : « Mais c’est de la photo de rue ! »

« Oui mais pas vraiment, j’ai un défaut par rapport à vous – les photographes de rue – je suis lent. »

Je finis par lui montrer son portrait, lui dit que je vais lui envoyer, il me donne son numéro et comme pour égaliser les choses me demande s’il peut me photographier avec son téléphone, d’accord. Clic.

Il me dit qu’il s’en va. En repartant, il me surprend à nouveau à travers ma vitre, me fait des signes et me tire le portrait à son tour. Clic.

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