Un samedi comme beaucoup d’autres, balade photo et pause au Deli’s Coffee. Ce midi, je retrouve Arnaud. Il me raconte que des Coréens sont entrés dans la boutique de jeu pour acheter un jeu. Quand il a appris qu’ils étaient coréens, Arnaud leur a dit quelque chose comme “Joh-eun achim-ieyo !” Les deux avaient l’air si heureux de rencontrer un Français intéressé par leur pays. L’un d’eux fait le geste de s’incliner en joignant les mains en remerciement, l’autre s’incline seulement. Arnaud imite le premier et face aux protestations “It is religious !” avoue qu’il a été initié au bouddhisme en Corée.
“Tu es bouddhiste ?
– Oui, j’ai passé deux jours dans un temple tout en haut d’une montagne ! On se levait à 5h et on se couchait à 21h, c’est amusant de se caler sur le rythme naturel.
– Génial, et qu’est-ce que c’est pour toi ?
– Le principe, c’est de se concentrer uniquement sur l’essentiel et de ne plus être touché par ce qui est superficiel.
– Et comment tu as fait en revenant ici au travail dans cette société ?
– Eh bien… J’ai essayé de continuer, par exemple, j’ai fait quelque chose de mal au travail, mon patron m’a passé un savon, mais c’est pas grave, je repousse le stress !
– Alors c’est ça le Zen de Kerouac ?
– Hum non le Zen, c’est l’objectif final ! On se détache de tout jusqu’à être illuminé !
– Et tu es illuminé toi ?
– Ouh-la non ! Il faut plus qu’une vie pour y arriver, il y a la réincarnation qui compte ! Tu sais il y a une blague qui tourne entre les moines bouddhistes, c’est un moine qui prie en haut d’une montagne et un autre arrive et lui demande ce qu’il fait, l’autre lui répond “Je ne fais rien, je fais Zazen.” Le second :” Mais tu ne fais pas rien si tu fais Zazen” “Eh bien si puisque je fais Zazen” ça peut durer éternellement, c’est le genre de contradictions auxquelles le bouddhisme est confronté, mais ils sont en paix avec.”
Je ris et me dis que si tout le monde essayait de voir le monde ainsi, d’une façon simple et un tantinet plus détaché, tout serait plus beau, plus facilement navigable.
“Accepter les hasards de la vie, voilà qui serait agréable.”
En disant cela, je fouille dans la poche de mon manteau et en sors un dé turquoise que j’ai toujours sur moi.
“Tu as toujours ton dé sur toi ? C’est amusant ! C’est pour quand tu ne sais pas prendre une décision ?
– Exactement ! Ça aide à se décider et à savoir ce que l’on veut vraiment en réalité.”
Il s’empare du dé, je vois qu’il réfléchit, et le lance. Trois.
“Trois ?
– Oui, je dois parler à mon patron de quelque chose…”
Je n’en saurai pas plus pour l’instant, la suite la semaine prochaine…
Il retourne au magasin de jeux, travailler et peut-être parler à son patron. Quant à moi, je vais me balader et attends un ami sur la terrasse d’un autre café.
“On arrête le chaud.
– A 15h30 ? Moi qui voulait un café !
– Eh oui, mais on a des smoothies fraises-papayes si vous voulez !
– Juste fraise-papaye et pas de café ?
– Et oui !
– Bon et bien va pour fraises-papayes !”
Ce smoothie, pas mauvais du reste me coûtera quatre fois le prix du café, mais qu’importe, j’apprends le Zen…


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