À notre façon

2–3 minutes

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Que pouvons-nous faire, dans notre confort depuis lequel nous nous écrivons insultes et mots d’amour ? Lutter par ces mêmes écritures, justement, et lutter avec des mots. La parole ou l’écriture comme cap à prendre, vers la révolte et vers l’amour.

Peut-être ne restera-t-il de cette époque que le souvenir flou d’une culture de la haine. Qu’importe les latitudes et les visages, nous assistons à l’aboutissement misérable de xénophobes prétendument civilisés : le cheminement de leur pensée suit toujours la pente de la violence. Or, si les génocides sont argumentés ou relativisés sur tous les écrans, nous ferons un monde entier de notre propre culture afin de nous opposer à cette haine.

Les droits humains se conquièrent sans cesse, nous le savons. Nous le savons, vraiment ? A en juger par la tranquillité de nombreux compatriotes et ce cancer de l’esprit qui gagne de plus en plus d’êtres, j’en viens à douter. La placidité est une bêtise ou une grandeur, suivant l’époque que l’on traverse. Et notre plus grande peur aujourd’hui est d’être pris dans d’étroites souricières, de souffrir en somme d’une quelconque manière, par la guerre qui s’en vient ou la répression qui est déjà là.

À présent, voici où nous nous trouvons : à cet instant de déséquilibre où tout semble prêt à basculer, où des hommes en uniforme noir tabassent des militants écologistes et tuent des personnes trans, où la pauvreté partout s’aggrave (y compris dans nos pays confortables) tandis qu’à l’abri les multinationales et leurs intérêts deviennent des ogres. Quant à la haine, elle se donne libre court sous couvert de vengeance. La haine, oui – et l’amour ?

Jamais peut-être il n’a été plus question d’une lutte des classes, d’empire et de colonisés ; jamais nous n’avons eu autant besoin de douceur, jamais nous n’avons autant manqué d’amour. Comme cela est peu surprenant ! Tandis que le monde change en chaque seconde, nous passons de l’exaltation poétique à la révolte politique. Nos engagements sont le reflet de nos pensées, à savoir des incohérences qui cherchent à travers la solidarité et le plaisir le chemin le plus court vers le bonheur. Et on le sait, il est question d’engagement dans toute relation et dans toute lutte, même si cet attachement paraît infime, même si nos raisonnements le nient.

Quelle formule adopter ? Ce serait un chapitre à durer jusqu’au soir. En amour comme en politique, sans doute nous faut-il trouver ce qui nous fait le moins mal, ce que nous supportons avec le plus d’aisance, ce qui en sommes rend les jours répétés moins durs et les nuits plus tendres. À chacun ses révoltes et ses affections – personnelles.

Une formule, donc ? Aucune alchimie n’est universelle et lorsque nous aurons partagé avec d’autres indignations et baisers, nous nous rendrons peut-être compte de ce qui nous importe vraiment. Alors nous aurons trouvé la clef, la nôtre, la méthode que nous ne partagerons avec personne et qui nous rassurera d’un sourire nouveau lorsque tout s’effondre, qui fera se lever notre poing lorsque toute résistance paraît risible.

Où les prochains égarements des temps nous conduiront ? Vers des haines moins subtiles et des souffrances plus amères, je l’imagine.

Mais à la fin, le temps d’un regard serein, nous pourrons je l’espère nous reconnaître ce mérite. Tout du long, nous aurons aimé et nous aurons lutté – à notre façon.

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