Paroles pour une fille rigolote

1.

Les bellâtres le disent avec un ricanement : une fille jolie ne saurait être rigolote. C’est qu’ils ne connaissent rien de la beauté et n’en saisissent que sa part la plus visible et donc la plus facile.

Puisque la beauté se trouve en mille reflets. L’humour en est un, la culture, la bonté, l’apparence en sont d’autres – et, comment s’en étonner, l’association de plusieurs reflets nous éblouit.

S’il avait le moindre sens, l’affrontement de la culture et de l’humour aurait de quoi instruire, mais il nous ferait surtout bien rire. Faire de la culture un veau d’or est aussi ridicule que de nier l’intelligence dans l’humour. Il est des artistes sur scène comme des artistes parmi leurs feuilles noircies.

On ne peut être trop savant… mais les yeux qui se plissent dans le rire sont les plus beaux yeux.

2.

Puisque le rire nous est nécessaire. Même épuisés, même détruits, le rire peut nous arracher à nos propres entraves. Il embellit la vie comme le vin, comme le ciel bleu et beau à pleurer.

Les grimaces des autres finissent par nous salir. On se persuade d’un manque qui n’existe pas. Notre talent est ailleurs, notre beauté plus singulière, et le baroufle des pédants ne dit rien de leur humanité et tout de leur laideur.

Non, l’important ne réside pas dans ces connaissances qui écrasent l’autre, le supplantent et le réduisent. Le rire qui unit comme le désir suffit, le rire est bien plus juste, le rire est amoureux.

3.

À voix plus basse je t’adresse ces mots, Belle. Tu as souffert, je le suppose, par amour. Ta nature sensible fut à ce point troublée que tu souhaitas ne plus jamais vivre pareilles ruptures. Cette cicatrice fait encore mal, même si on croit s’en guérir avec du temps et de l’insouciance.

Bien vite, l’humour vint à ton secours. Tu tournas le sens des mots à la rigolade et préféras la séduction florissante aux embrasements maladroits. C’était presque un désir émanant d’un autre temps.

C’était surtout une façon – d’en rire. De tirer la langue à ces jours incertains vers lesquels il nous faut bien marcher. D’accorder les battements de ton cœur aux secrètes respirations de la nature. De goûter tout le sucre de la chance, sans vouloir corrompre le hasard.

Je me suis trompé sur toi. Je te pensais nonchalante et ne connaissant jamais d’impatiences. C’est faux. Dans ton corps crépitent des brasiers, mais tu n’y cède qu’à certains instants de beauté, certaines nuits. Tu réclames l’inattendu, le surprenant flamboiement du feu de joie.

En un sens, tu refuses l’attachement pour ce qu’il a d’immonde, salissant tes joies, cloisonnant ta liberté. Tu refuses les attachements-contrats, les attachements-obligations et leurs vices cachés.

Pour autant, tu es trop sensible pour ne pas t’attacher malgré tout, et refusant ces liens tout en les tressant inlassablement te rend, au fond, assez moderne. Mais inquiète, incertaine, troublante et troublée, surtout. Parfois « Je ne sais pas » signifie « Je n’ose pas », et face à l’inquiétude qui nous lacère il n’est que deux chemins : l’accepter ou s’enfuir.

Et toi, fille rigolote, tu sais bien le chemin que tu as pris.

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