Aimez-vous la guerre ?

3–4 minutes

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Approchez, approchez. Si si, venez, je ne prendrai que quelques secondes de votre temps.

Permettez-moi de vous partager mon expérience, elle saura parler pour moi. J’ai à mon actif deux yeux grands ouverts sur l’horreur et son élasticité en certaines parties du monde. Laissez-moi vous citer quelques-uns de ces lieux dont les noms vous seront peut-être familiers : Soudan, Ukraine, Palestine… non ? Rien ?

En tout cas comme vous le voyez je suis au fait des derniers massacres, et je reconnais que la tâche n’est pas simple ! Tout va si vite dans ce domaine ! On va de surprise en surprise et les décès de demain ont tôt fait d’éclipser ceux d’hier ! D’ailleurs qui sait quels noms se rajouteront à cette liste dans les années à venir… pour peu que l’on ne s’oppose guère, les ennuis peuvent venir assez vite.

Mais pardonnez-moi, si je me suis permis de vous déranger quelques instants c’est surtout pour vous faire partager ma surprise, oui, ma surprise, vraiment. C’est que voyez-vous, malgré les images quotidiennes, il se trouve encore en notre pays des humanistes, des philosophes, des journalistes, des gens très respectables et mieux encore des pacifistes pour défendre ou tout du moins pour ne pas trop s’indigner des actions de l’armée israélienne.

Mais vous n’avez peut-être pas suivi les dernières nouvelles ? Si d’aventure vous doutiez qu’un génocide est en cours en Palestine, peut-être que ces personnes brûlées vives ou ces bombes tombées sur le Liban sauraient vous convaincre qu’il se passe quelque chose… ? Non, pas encore ?

Peut-être que le qualificatif de « criminel de guerre » n’est qu’une locution comme une autre, pour vos oreilles ? Je peux le comprendre ! C’est de nos jours un terme qui est tant minoré, tant chuchoté, et ceux qui veulent punir ces criminels sont tant diffamés, tant réprimés ! Ah que voulez-vous les conflits d’ampleur sont aussi un marché, il faut bien que les transactions se fassent… et puis c’est incroyable comme la guerre manque d’humanité !

Mais je manque pour ma part à la plus élémentaire politesse pardonnez-moi, j’ai oublié de vous demander en premier lieu un tout petit détail… aimez-vous la guerre ?

Je vous pose la question sincèrement. Je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps, il est tout aussi précieux que le mien. C’est que j’en viens à douter, puisque vous ne semblez pas comprendre le fond du problème. Oh il est très simple d’ailleurs, il tient dans le fait que ces bombes et ces balles tuent en ce moment même des êtres humains. Vous voyez, c’est simple n’est-ce pas ? Il suffisait de le dire sans discours et ainsi tout s’éclaire : on distingue celles et ceux qui aiment la guerre de celles et ceux qui ne l’aiment pas.

Je vous disais donc qu’en ce moment même ces êtres humains sont tués. Des humains par milliers et de toutes sortes, des nourrissons aux plus âgés. Tous des humains, mais aussi humains que votre… vous avez un enfant peut-être ? Une fille ? Voilà, donc ce sont tous des humains, comme l’est votre fille. Beaucoup ont son âge. Beaucoup sont plus jeunes, beaucoup plus âgés aussi, il y a de tout croyez-moi. Mais vous voyez comme les choses peuvent être étonnantes : on en vient à oublier qu’il s’agit d’êtres humains. Ah c’est que la télévision donne plus souvent la parole à celles et ceux qui justifient les bombardements qu’à celles et ceux qui sont bombardés.

Je ne sais si j’ai bien réussi à vous convaincre… vous me trouvez indécent ? Mais moins indécent que les personnes qui commettent ou cautionnent ces tortures et ces massacres, j’espère ? Ou peut-être suis-je trop ironique ? C’est possible, oh, vous savez, on est fatigué de s’indigner sérieusement et constamment quand tant de personnes ne savent même plus ce que ce verbe veut dire ! Alors de temps en temps vous voyez on change un peu la mélodie, ça divertit. Non ? Pas trop ? Décidément je joue de malchance aujourd’hui.

En tout cas j’aurais essayé. Bien, je repartirai donc déçu, hélas. Ah, une dernière chose cependant : lorsque vous serez rentré chez vous, embrassez donc de ma part votre petite fille…

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