Passerelle II

Voilà. Voici venu le temps des regards en arrière.

C’est une année, un jour, où le cœur de battre trop fort sur un rythme trop saccadé se lasse, lui aussi. Enfin, j’ai compris : il ne sert de rien d’aimer comme le font les autres si cette jalouse et monomaniaque façon chaque fois me brise.

Après avoir fleuri sans succès, mon histoire d’amour s’acheva donc avant l’été. Et au fond, ça n’a plus d’importance. Pourquoi ? Parce que je vivais là ma dernière métamorphose. Enfin, je comprenais : le grand ciel bleu dans la tête, les pensées sereines, la révolte lucide.

Mais je dois le dire, on peine à se libérer tout seul dans son coin. Deux ans durant assis face au visage qui écoute et aux lèvres qui rassurent, deux ans plus tard, elle s’achève enfin, cette conquête de soi.

Mai de gloire, mai de liberté. Cette pathétique histoire d’amour terminée, ce fut la démonstration des dernières erreurs – à présent je connais la leçon, et mes affections toujours seront doubles.

C’est une année, un jour pour éclaircir tout ce qui formait un chant sous la vie. Les terreurs de l’avenir soudain se trouvèrent conjuguées au présent, par la faute de nos dieux de pacotille : désormais, nous devrons fuir ou tuer l’hydre.

Je vis un drapeau noir dansant et claquant avec la brise d’août. Et sur lui resplendissait tout un arc-en-ciel et toutes les beautés que j’admire. La méprise ne sera plus permise : nos manifestations ne peuvent plus avoir lieu dans nos chambres et nous aurons fort à faire pour unir tous ces amis qui s’ignorent.

C’est une année, un jour pour aimer en parlant, en jouant, en riant ensemble – aimer sans appréhensions, sans étouffement. Car cet automne fut surprenant et comme une sérieuse plaisanterie ressurgit la fille qui me précède de cinq ans. Sous la joie de l’éternel soleil, nos doutes s’accordent et nos désirs sont sûrs. Pour ce qui est du hasard, il peut bien nous emporter – nous reviendrons tôt ou tard à nos propres gaietés.

Voilà. Quelle coda pour clore cette année ? Aucune ne fut pour moi à ce point contrastée. Passerelle et clarté, révolution et choix médités. Quant à ce visage dans mes miroirs, je le lui sourit enfin car je le reconnais.

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