Nous voici tous liés par un nouveau tour de calendrier.
Aux tables plus ou moins garnies, les visages vieillis jalousaient notre jeunesse réfléchie. Pas encore, les jours blancs où d’autres décideront et agiront pour nous, pour tout, même l’essentiel. Pas tout de suite, la vieillesse – il reste tant de joies à éprouver, tant de libertés à conquérir. Il reste les trottoirs luisants sous la pluie et le soleil seul dieu qui fait renaître le sourire. Il reste nos jambes pour nous porter d’une exaltation aux lassitudes, d’une désillusion aux révoltes – depuis le temps, elles en ont pris l’habitude.
Mais cette année la peur s’attarde plus encore dans nos entrailles et vient souiller nos silences… qu’est-ce qui a changé vraiment, depuis décembre ? À présent, ce cœur qui bat dans notre poitrine et les souvenirs de notre adolescence, voilà tout ce qu’il nous reste d’éternel, de tangible. Pourtant, même si l’inquiétude est notre souffrance, nous ne serons pas de ceux qui rient, goguenards et présomptueux, en répétant qu’il ne sert à rien d’agir, « agir, pourquoi agir si tu as déjà perdu ? » Avec des arguments, des grimaces et des cris nous tournerons encore en dérision ces vaincus béats, ces vieux d’esprit.
Bien sûr, il n’est pas simple de clarifier toutes les espérances que nos esprits nourrissent, et tous ces frémissements confus dans la tête et la poitrine, c’est trop peu sans doute pour bâtir un espoir, mais suffisant pour en vivre.
Même les oiseaux parfois s’endorment, et pourtant leurs ailes ne semblent pas si lourdes. Des luttes, des paris et des blessures, il y en aura quelques-unes. Des conflits, des ratés et des résolutions inattendues, aussi. Alors le temps d’un poème, ami, amie, je fais fi de l’année nouvelle et pour un petit temps encore, dors – le temps que mûrisse le prochain soleil.



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