Boum boum boum, voilà comment Madame Desol décrit la fête de la bière à Munich. Peu raffinée, peu élégante, amusante au premier abord.
« Il est plus élégant de se saouler au vin qu’à la bière. »
Madame Desol est une petite dame toute ronde avec de minuscules pieds, un carré court « en bol » et une frange brune striée de blond. Elle porte de grosses lunettes rouges, couleur sur laquelle elle insiste sur ses lèvres, ce qui lui donne un air de prof d’arts plastiques.
Elle vit en Bavière depuis 40 ans, dans les années 80 on pouvait choisir un travail… activité autour de laquelle s’articule une vie entière.
Bambou, sa minuscule chienne, shih tzu, avait été un support moral important lors d’une difficile période de sa vie, où « elle avait perdu tout le monde ». Elle cherchait un prénom facile à prononcer dans les deux langues et s’est souvenue que Gainsbourg avait eu une copine qui s’appelait Bambou.
Madame Desol a une décision à prendre : à la retraite depuis un an, elle doit choisir de la passer en France ou en Allemagne, lourdeur administrative ou délation germanique ?
– La délation étant pratique courante dans la pensée apparemment allemande, elle me l’illustre par deux exemples. Le premier étant qu’elle a vu arriver la police un dimanche alors qu’elle ignorait ne pas pouvoir étendre son linge un tel jour, contrairement à ses voisins. Le second pour lequel elle est innocente étant qu’on voyait généralement moins de crottes de chiens en Allemagne, puisque la police elle-même venait vérifier la présence de petits sacs à caca dans vos sacs à main, prévenue de cette infraction par un passant hygiéniste. –
Elle a un instinct allemand en parlant de retraite : « On dirait qu’il n’y a qu’en France qu’on ne comprend pas que le système ne peut pas continuer et que la retraite sera pour plus tard, moi, je l’ai prise à 67 ans, pas à 63 ni à 65 ! Ce qu’il faut, c’est apprécier ce qu’on fait. »
Mon épiderme de française est piquée sur un point sensible, encore faudrait-il trouver du travail, même peu appréciable ! Émilie et moi-même avons fait les cinq ans d’études vendues comme étant nécessaires à l’obtention du Saint-Graal, à savoir un travail appréciable et rémunérateur, mais nos comptes bancaires en soient témoins, ça ne suffit plus !
Elle semble y penser, « Il est vrai qu’en Allemagne, je connais des jeunes qui ont le travail qui correspond à leurs études, forcément, il est moins douloureux de le continuer. »
Madame Desol semble désolée, elle comprend mieux maintenant.
Elle a longtemps travaillé à l’imprimerie de Nuremberg, avant que les gros catalogues de La Redoute soient remplacés par internet, puis s’est reconvertie, à son compte.
Elle nous raconte que son père l’a forcé à faire allemand au lycée, « c’est l’avenir », alors qu’elle voulait apprendre l’italien, alors elle s’est vengée en n’étudiant pas l’allemand. Sans doute la vie s’est-elle vengée à son tour en faisant de l’allemand son avenir à elle.
En partant, elle nous souhaite une belle vie, nous lui souhaitons une belle retraite ou ruhestand, paraît-il.
J’entends quelqu’un plus loin appeler « Lulu ! », il s’avère que c’est une des chansons de Bambou et le nom du fils de Gainsbourg.
Madame Désol, ne soyons pas désolées. « Nous sommes des pions » dites-vous, vous avez raison, mais des pions avec une âme et de l’espoir !


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